「中日新聞」と「東京新聞」の記事

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昨年末、「中日新聞」(2016/11/16)と「東京新聞」(2016/12/2夕、ほぼ同じ内容)に、昭和俳句弾圧事件について以上の記事が載りましたので添付致します。
文中に、同紙「平和の俳句」コラムで活躍中の大俳人・金子兜太師のお言葉が特に印象的です。ぜひご覧ください。
過日、本ブログに添付した「北海道新聞」の記事でも報道されましたが、金子兜太先生は、計画中の「昭和俳句弾圧事件記念碑」の筆頭呼びかけ人と題字の揮毫を務めて頂くことになっております。

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(以下、仏訳)(Below, translation in french of the article) Traduction de l'article du quotidien japonais CHUNICHI SHIMBUN (16/11/2016) repris dans le TOKYO SHIMBUN (2/12/2016)
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L'ESPRIT DE “RÉSISTANCE” : NE PAS ACCEPTER LA GUERRE
- PARUTION D'UN RECUEIL DE HAÏKUS DES POÈTES PERSÉCUTÉS -
......... Un livre pour repenser la fragilité du Japon contemporain …...........
Au début des années 1940, pour avoir critiqué l'État japonais et la société qui couraient alors droit à la guerre du Pacifique, de jeunes poètes de haïku ont subi diverses persécutions. Afin de mettre la lumière sur ces faits historiques et sur des œuvres peu connus, Seegan MABESOONE (nom d'état civil : Laurent Mabesoone, 48 ans, habitant à Nagano-ville, poète de haïku et spécialiste de littérature comparée) vient de publier les “Haïkus de la résistance japonaise”. Pour M. MABESOONE, “ces œuvres, dans leur esprit, nous obligent à nous poser des questions essentielles pour le Japon et pour le monde contemporain”. (article de Yoshiko KAWAHARADA)
Selon cet ouvrage, entre 1940 et 1943, la police spéciale “Tokkō keisatsu” a arrêté à travers tout le pays 44 poètes de haïku, principalement des jeunes hommes de moins de 40 ans, sous couvert de de la “Loi de Préservation de la Paix” (chian iji hō). La première rafle est connue sous le terme des “incidents du groupe de haïku de l'université de Kyoto) en 1940. Quinze étudiants et autres poètes participant à la revue “Kyōdai haiku” furent arrêtés, dont Hakusen WATANABE, célèbre pour son haïku : “La guerre / Était bien là / Au bout du couloir.”
Tous subirent des interrogatoires et tortures divers. Finalement, 13 des 44 haïjins furent condamnés à des peines de prison ferme, et on a perdu toute trace de plusieurs d'entre eux.
À la suite de ces événements, et à la demande exprès du “Bureau de l'Information” du gouvernement japonais, fut fondée l'”Association des Auteurs de Haïkus du Japon”, avec à sa tête le poète Kyoshi TAKAHAMA, principal promoteur des “haïkus sur les fleurs et les oiseaux” (kachō fūei). Ainsi le contrôle du pouvoir politique sur le haïku était lancé. Les “haïkus sociaux” qui critiquaient la guerre furent condamnés et, a contrario, on vit apparaître de plus en plus de haïkus à la gloire du militarisme ambiant, “œuvres” appelées “Haïkus de la Guerre Sainte”.
M.Tōta KANEKO (97 ans), responsable dans notre journal de la chronique “Un haïku pour la paix”, fait partie des rares personnes encore vivantes ayant vécu ces événements. Alors qu'il était étudiant à l'Université Impériale de Tokyo, un de ses amis, membre du même cercle universitaire de haïku que lui, a subi un interrogatoire de la police spéciale : “Je me souviens que j'étais inquiet, parce que je ne le voyais plus venir à nos réunions poétiques. Un jour, cet ami est venu me trouver, me faisant comprendre qu'il avait quelque chose d'important à me dire. Là, il m'a montré sa main gauche : tous ses ongles avaient été arrachés. Et il a ajouté : “Maintenant toi aussi, fais gaffe à ce que tu dis et à ce que tu fais, hein !” Son visage était vert de peur.” Tōta KANEKO témoigne que, même aujourd'hui, le visage blafard de ce camarade lui revient en mémoire avec insistance.
M.MABESOONE est aussi un ami proche de M. KANEKO, mais il se souvient que son intérêt pour la période des persécutions remonte d'abord à son expérience des événements du 11 mars 2011. À partir de ce moment, il commença à composer des haïkus sur la catastrophe nucléaire, avec des membres de son cercle de poètes. Or, une partie de la scène du haïku japonaise le critiqua vivement en ces termes : “Un haïku se doit de ne traiter que de la Nature (shasei kachōfūei), et ne doit jamais verser dans le social”. Pour dissiper les doutes, MABESOONE se replongea dans l'Histoire littéraire et redécouvrit cette période des persécutions contre les haïjins opposés au régime militariste. “Je me suis rendu compte que les reproches qu'on nous adressait étaient de la même veine que ceux proférés pendant la guerre au cours desdites persécutions. En même temps qu'un sentiment d'inquiétude pour notre époque, je ressentais une immense joie d'avoir redécouvert tant d'œuvres d'une telle qualité littéraire”, se remémore-t-il. Ensuite, un jour d'automne 2015, à l'occasion d'un symposium lors duquel Seegan MABESOONE s'entretenait avec Tōta KANEKO, la discussion se poursuivit sur le thème des persecutions. Alors, Seegan pris la décision de travailler à ce recueil, et il commença ses recherches, notamment grâce aux archives de la Bibliothèque Nationale de la Diète à Tokyo.
Le livre présente principalement 18 haïjins arrêtés à cette époque, avec leurs curriculum vitae et quatre haïkus pour chacun, le tout accompagné d'une traduction en français. Le graveur Mitsuru IKEDA (73 ans, habitant Shinano-machi à Nagano) a réalisé les estampes pour les portraits des poètes. Ce type de haïkus était jusqu'à présent qualifié de “jūgo haiku”, c'est-à-dire “haïkus en retraît de la guerre”, mais M. MABESOONE a voulu les gratifier du terme “résistance”, en accord avec le sens premier de ce mot français qui indique l'esprit d'opposition pendant la Seconde Guerre mondiale. Son sentiment est que, “au Japon aussi, il est souhaitable que l'on reconnaisse enfin les faits : des hommes et des femmes ont pris la plume pour résister et essayer de protéger la liberté”.
M.MABESOONE ajoute : “Ce livre n'est pas le mien, c'est celui des haïjins persécutés. J'aimerais qu'il soit lu par de diverses personnes, pas seulement par des amateurs de haïkus”. Et M. KANEKO de conclure : “Ladite “Loi de Préservation de la Paix” a sévi largement, aussi dans le monde du haïku. Ceci est un fait avéré. Et ce livre transmet les faits : pendant les quinze années de la guerre, l'Art du haïku a été sacrifié. Merci à ce livre.”
Le livre est publié par une maison d'édition installée à Paris, PIPPA ÉDITIONS. Ainsi, pour les lecteurs résidant au Japon, 280 exemplaires ont été envoyés et sont revendus 2000 yens par correspondance (frais postaux offerts). Contacter M. Mabesoone : mabesoon@avis.ne.jp
Exemples d'œuvres figurant dans “Haïkus de la résistance japonaise” :

憲兵の怒気らんらんと廊は夏
Kenpei no Doki ran ran to Rō wa natsu
Un policier militaire
Laisse éclater sa colère,
C’est l’été au bout du couloir… (1939) Mizuo ARAKI

戦死せり三十二枚の歯をそろへ
Senshi seri San jū ni mai no Ha wo soroe
Mort à la guerre,
Il est là, et il a toujours
Ses trente-deux dents. (1939) Kiyoko FUJIKI

ナチの書のみ堆(うづたか)し独逸語かなしむ
Nachi no sho nomi Uzutakashi doitsu go kanashimu
Triste pile !
Pour apprendre l’allemand, je n’ai
Que des livres nazis. (1940) Kayao FURUYA

英霊をかざりぺたんと座る寡婦
Eirei wo Kazari petanto Suwaru kafu
Elle accroche le cadre « Mort pour la patrie »,
Puis tombe accroupie.
La veuve. (1939) Genji HOSOYA

我講義軍靴の音にたゝかれたり
Waga kōgi Gunka no oto ni Tatakaretari
À la porte de mon cours,
Elles frappent toujours.
Les bottes des militaires. (1937) Hakubunji INOUE
往く人の母は埋もれぬ日の丸に
Yuku hito no Haha wa umorenu Hi no maru ni
Les drapeaux du Soleil Levant
Ensevelissent les mères…
Départ à la guerre. (1937) Hakubunji INOUE

銃後といふ不思議な町を丘で見た
Jugo to iu Fushigi na machi wo Oka de mita
À l’arrière du front,
De ma colline, regarder cette ville
Que je ne comprends pas. (1938) Hakusen WATANABE

戦争が廊下の奥に立つてゐた
Sensō ga Rōka no oku ni Tatte ita
La guerre
Était bien là debout
Au bout du couloir. (1939) Hakusen WATANABE

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by showahaiku | 2017-02-24 09:19 | Comments(0)